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春节, chūn jié, "fête du printemps".

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春节, chūn jié, "fête du printemps". Empty 春节, chūn jié, "fête du printemps".

Message par PhiPhilo Ven 12 Fév 2021 - 9:59

大家好, dà jiā hǎo , bonjour à toutes et à tous.

Le jeudi 12 février est, cette année, le jour de 春节, chūn jié, la "fête du printemps" appelée aussi par les Occidentaux "le nouvel an chinois", traduction d'ailleurs très approximative des termes chinois 农历新年, nóng lì xīn nián, ce qui, littéralement, signifie plutôt "nouvel an du calendrier agricole". Je dis "cette année" parce que, pour ce peuple de tradition fondamentalement agricole, le printemps, 春天 , chūn tiān, commence le 1° jour du calendrier lunaire, lors de la deuxième nouvelle lune suivant le solstice d’hiver et avant la phase lunaire d'équinoxe du printemps raison pour laquelle sa date varie d'une année à l'autre. Mon intention, en écrivant cela, n'est pas de vous faire savoir ce que vous trouveriez par vous-même en consultant Wikipedia ou n'importe quel autre site d'information, mais d'insister sur ce que le commencement de l'année signifie pour la sagesse chinoise traditionnelle et, peut-être aussi, pour la pensée extrême orientale en général, voire pour l'humanité toute entière.

Disons tout d'abord que l'année qui commence portera, en chinois, l'appellation de , niú nián, "année du buffle" (elle fait suite à 鼠年, shǔ nián, "l'année du rat" et précède 虎年, hǔ nián, "l'année du tigre"). "L'année du rat" est la première d'un cycle de douze années, douze étant ici la durée en années de la révolution circum-solaire de la planète Jupiter et non la durée en mois de la révolution circum-terrestre de la lune. Chaque cycle de douze ans marque donc le début d'une période, une régénération et suppose quelque chose de radicalement nouveau. Ainsi, l'"année du rat" qui a débuté le 4 février 2020 pour se terminer le 11 février 2021 a été la première année d'un nouveau cycle et la présente "année du buffle" la seconde du même cycle, etc. Comme dans le monde occidental, le passage à la nouvelle année, ce qu'on appelle le "nouvel an chinois", est, en Chine, une période festive qui donne lieu a diverses célébrations et réjouissances traditionnelles (cf., pour plus de détails, http://www.chine-culture.com/coutumes/comment-feter-le-nouvel-an-chinois.php). L'année qui commence sera donc l'année dite du "buffle", animal symbole tout à la fois de puissance, de rusticité et d'endurance. De plus, comme c'est la deuxième année du cycle, c'est une année réputée , yīn. Rappelons que, pour la sagesse chinoise, le yáng et le yīn sont les deux pôles du flux et du reflux perpétuel des énergies dans toute espèce de phénomène. Dire qu'un phénomène est yīn, c'est donc dire qu'il est probable qu'il marque un repli, une fermeture, une régression. Et inversement pour yáng : expansion, ouverture, progression. Étant entendu que yīn et yáng se succèdent perpétuellement (exactement comme dans les cycles économiques théorisés par Kondratiev et Schumpeter : croissance économique puis récession, dépression). Donc, dire que l'année qui commence est une année yīn, c'est dire qu'elle a été précédée et sera suivie par une année , yáng.

Disons deux mots, à présent, de la saison de printemps 春天, chūn tiān qui, dans le calendrier chinois, débute donc le 12 février. Le printemps est traditionnellement associé aux phénomènes suivants (entre autres, je n'en ai sélectionné que quelques-uns) : le vert, le bois, la planète Jupiter, le foie, la vue, l'acide, la colère, l'humanité, la modération, enfin … la note "mi". Que la couleur verte représente le printemps n'étonnera personne, aussi n'insisterai-je pas sur ce qui, à l'évidence, justifie cette correspondance. Pour les autres relations, en revanche, un brin d'explication est peut-être nécessaire.
- L'association avec le bois n'est pas très difficile à justifier non plus : le printemps est la saison de la pousse des végétaux, donc, à terme, de la lignification, puis, à plus long terme encore, au pourrissement du bois qui enrichira l'humus sur lequel apparaîtront de nouvelles pousses, etc. De plus, le bois est le résultat d'un processus de lignification. Ce processus s'arrête en hiver et reprend au printemps afin de renforcer le végétal en lui procurant une couche supplémentaire de carapace protectrice. L'agent bois est donc, naturellement, un symbole de stabilité dans l'adaptation.
- Du coup, le printemps est associé aussi à … la planète Jupiter qui, en chinois, se dit 木星, mù xīng, littéralement "l'étoile/la planète du bois" (les Chinois ont le même mot pour "étoile" et "planète"). En effet, Jupiter étant la plus grosse planète du système solaire, il est naturel qu'un peuple paysan l'associe à l'élément prédominant dans l'agriculture, à savoir le bois. Par ailleurs, la combinaison de sa taille et de son éloignement par rapport à nous en fait l'astre le plus régulièrement visible à l’œil nu depuis la Terre (encore un élément de stabilité).
- Pour le foie, l'analogie agricole vaut aussi : le foie est un organe émonctoire, c'est-à-dire qui purge l'organisme d'un certain nombre de déchets toxiques (de même que le rein, le pancréas, le poumon, l'intestin, etc.). La purification de l'organisme vivant n'est, pour les Chinois, qu'un cas particulier de drainage puisqu'il s'agit, dans tous les cas, de désengorger les fonctions vitales en rétablissant la circulation des fluides nourriciers engourdis par l'hiver, bref, d'assurer l'irrigation du vivant. Apparemment, il n'y a aucune raison de donner au foie une primauté quelconque sur les autres émonctoires, sauf que, dans toutes les civilisations, les difficultés de digestion ont toujours été corrélées, à tort ou à raison, à un dysfonctionnement du foie (en Occident, on a longtemps appelé l'indigestion "crise de foie").
- S'agissant de la vue, on comprend aussi assez facilement pourquoi il symbolise le renouveau printanier : l'être vivant en général et l'être humain en particulier sort de son enfermement hiémal, il en a fini avec son hibernation, il abandonne sa léthargie et l'horizon s'ouvre de nouveau à lui. Du coup on voit plus loin que le bout de son confinement (!), et il cherche à percevoir tout ce qui est susceptible de relancer son élan vital. Là encore, la vue n'a aucune raison d'être le seul organe perceptif en jeu, sauf que, un peu partout, et dans les cultures paysannes, la perception visuelle a toujours été privilégiée pour anticiper les adaptations nécessaires, notamment aux changements de temps.
- Les deux analogies suivantes, celle de l'acide et de la colère, sont, on le ressent intuitivement, intimement liées. Ne dit-on pas que l'acidité gastrique est favorisée par un tempérament un peu trop irascible ? Mais acidité et colère participent aussi du renouveau printanier. À forte concentration d'ions H+, l'acide, c'est bien connu, a des propriétés dissolvantes, donc, derechef, de nature à fluidifier certaines substances, à transformer le dur en (quasi-)liquide. Exactement, si l'on peut dire, comme la colère dont les éruptions sont parfois dissolvantes à l'égard de situations bloquées (exemple des explosions de colère révolutionnaire). Les Chinois ont remarqué qu'il est de saines, voire de saintes colères qui désentravent la circulation des énergies vitales. Enfin, l'acidité est aussi la qualification d'une intensité du vert des fruits et des légumes naissants, en cours de maturation. Du coup, par association, l'acide est la saveur de la jeunesse, laquelle, comme on le sait, a le tempérament sanguin du renouveau fougueux.
- De même, humanité, modération sont, tout autant, indissolublement liées à la renaissance saisonnière. Cela peut paraître paradoxal après ce que nous venons de dire à propos de l'acidité et de la colère. Mais non. Celles-ci sont une modalité yáng, celles- une modalité yīn du renouveau, un garde-fou moral ou éthique aux débordements de colère, aux excès d'acidité qu'il faut savoir contenir dans les limites de la bienveillance ou de l'humanité (en chinois , rén, signifie à la fois "bienveillance" et "humanité" et est homophone à , "l'humain"). Et ce, à l'égard des "dix-mille choses sous le Ciel" comme on dit en chinois, pas seulement à l'égard de ses semblables. "L’homme honorable trouve la paix dans la vertu d’humanité" dit Confucius (Entretiens, IV, 2) rejoignant ainsi une grande constante de la sagesse extrême-orientale, telle, par exemple que l'exprime Patañjali lorsqu'il dit que "le but [du Yoga] n’est pas de bouleverser l’ordre de la Nature, mais d’écarter les obstacles à son évolution, à l’instar d’un cultivateur qui dégage son champ"(Patañjali, Yoga-Sûtra, iv, 3).
- La dernière des associations que j'ai sélectionnées demeure, pour moi, la plus mystérieuse. Certes, la musique et le son sont, pour les Chinois, l'indice de l'accord du Ciel, de l'Homme et de la Terre, du "grand souffle indéterminé de la nature [par lequel] tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches"(Zhuang Zi, iv). Mais pourquoi le printemps est-il associé à la note mi dans la gamme pentatonique (do ré mi sol la) de la musique chinoise traditionnelle ? D'autant que la note la plus fondamentale est le gōng, do (équivalant du son "AUM" dans l'hindouisme et le bouddhisme). Est-ce parce que le sinogramme , jué, signifie tout à la fois "mi", "colère" (cf. ci-dessus) mais aussi "acteur, personnage" (c'est-à-dire celui ou celle qui donne une interprétation, donc une nouvelle vie à un rôle ou une partition) ? Je ne saurais dire. À moins que l'audition du prélude de cette Partita en mi majeur BWV 1006 de Johann Sebastian Bach ou de cette Sonata en mi majeur K 135 de Domenico Scarlatti suffise à donner la réponse.

Car, après tout, nul mieux que Baudelaire ne nous a donné la clé de toutes ces Correspondances :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

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Message par Sandrine Lun 15 Fév 2021 - 21:09

Merci  @PhiPhilo pour vos éclairages sur cette fête mal connue pour ma part, et aussi pour vos différents liens 
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