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Importance du souffle dans le Yoga dans le Qì Gōng et dans la Marche Nordique.

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Importance du souffle dans le Yoga dans le Qì Gōng et dans la Marche Nordique. Empty Importance du souffle dans le Yoga dans le Qì Gōng et dans la Marche Nordique.

Message par PhiPhilo Dim 20 Juin 2021 - 10:30

La culture occidentale a, de tout temps, fait l'éloge de l'accumulation, du remplissement, de la plénitude. Par opposition, il s'agit primordialement, dans ces pratiques extrême-orientales pluri-millénaires que sont le Qì Gōng ou le Yoga, de cultiver le vide, l'abandon, le détachement, la vacuité, la légèreté, le lâcher-prise. Curieusement, c'est aussi ce que le bon sens populaire, y compris occidental, admet intuitivement lorsqu'il fait usage d'expressions comme "se vider la tête", "évacuer le stress", "partir en vacances", "être zen", etc. De fait, dans le cadre de la pensée hindousite traditionnelle, le Yoga accorde beaucoup d'importance de la notion de renoncement (sannyâsa), lequel consiste non seulement en l'accomplissement de l'existence dans le dernier âge de la vie, mais aussi en un modèle social de sagesse que représentent les "renonçants" (sannyâsin) mis au rang des saints. De même, dans l'art chinois du Qì Gōng, vieux, dit-on, de plus de 5 000 ans, il y a l'idée sous-jacente que le réel se confond avec le vide, l'impermanent, le fluent, le passager. Ce vide n'est d'ailleurs pas synonyme de néant mais caractérise plutôt la Voie (en chinois, dào, 道), c'est-à-dire la disponibilité, l'indétermination, le devenir, l'ouverture à une infinité de possibilités. Nous allons voir que la notion de "souffle" s'accorde parfaitement avec le renoncement et le vide, non pas in abstracto d'un simple point de vue philosophique, mais bien dans la vie de tous les jours.

En sanskrit, le terme shunya (vide) a à peu près le même sens que ce qu'Aristote et la psychanalyse ont popularisé sous l'appellation de "katharsis", c'est-à-dire comme résultat d'une démarche consciente et volontaire de purification spirituelle. Aussi, les Yoga-Sûtra de Patañjali, un des textes canoniques de la tradition hindouiste, insistent-ils d'emblée sur la notion de prâna (souffle) aussitôt associée à celle d'âyâma (maîtrise). De là vient que la quatrième étape de la progression du yogi d'après Patañjali réside dans le prânâyâma, exercice par lequel nous renonçons à respirer spontanément en nous satisfaisant de seulement remplir d’air nos poumons mais, tout au contraire, mettons l’accent sur la maîtrise consciente de l’expiration : "la sérénité de l’esprit [prasâda] s’installe […] par la suspension du souffle expiré [prânâyama]"(Patañjali, Yoga-Sûtra, i, 34). Plus encore, si on en croit le Tao, "en cultivant son souffle [], on devient aussi souple qu’un nouveau-né"(Lǎo Zǐ, Tao Te King, §10). Pour le Tao, en effet, le  (le souffle) est le principe même de toute existence, vivante ou non. Toute existence n'est donc qu'une vibration, un ébranlement subtil et harmonieux (au sens musical du terme) dû à l'essentielle motilité de la Nature (en chinois tiān, qui veut dire aussi "univers" et "ciel", équivalant ainsi au Cosmos des Grecs) cette grande impermanence des choses. Raison pour laquelle le sinogramme 氣 () représente, analogiquement, de la vapeur 气 sur un bol de riz 米. Du coup, l'art du qì gōng suggère, étymologiquement, une "maîtrise du souffle", exactement comme le prânâyâma hindouiste, laquelle maîtrise est, dans tous les cas, le résultat d'une particulière contention (concentration) de l'esprit (dhâranâdhyâna en sanskrit, nèi jìnzhuān xīn en chinois). Quant à la médecine chinoise, elle cible les sān mén, les "trois portes" de passage de l'énergie vitale lorsque l'hindouisme s'intéresse aux sept shakras ou centres de jonction des canaux d'énergie. Par où l'on voit que ce que nous traduisons par "souffle" peut, tout aussi bien, l'être par "énergie vitale". 

On comprend alors en quoi la résistance, l'obstruction quand ce n'est la résistance, voire l'immuabilité prônées par la culture occidentale sont opposées à la logique d'une libre circulation du souffle vital et deviennent, de ce fait, facteurs de disharmonie donc aussi, pour l'être conscient qu'est l'homme, causes de souffrance pour l'esprit et pas seulement de douleur pour le corps. De fait, il y a bien une corrélation entre les dissonances de l'esprit et "la douleur physique, la dépression, le tremblement des membres et la respiration anarchique [qui] accompagnent cette inconstance de l’esprit" (Patañjali, Yoga-Sûtra, i, 31). Ainsi se trouve parfaitement résumé l'enjeu de la maîtrise du souffle dans une perspective de sagesse en général : l'esprit et le souffle sont indissociables, à la fois sur le plan symbolique et sur le plan matériel. D'un point de vue symbolique, il est quand même étonnant que le mot hébreu rouah, le grec pneuma, le latin spiritus, le sanskrit prâna et le chinois qì désignent tout à la fois le souffle, l'énergie vitale et l'esprit. Mais aussi et surtout, d'un point de vue matériel, une respiration courte, désordonnée, irrégulière est irrécusablement le signe de ces troubles que toutes les sagesses ont pour finalité d'éliminer, tandis qu'à l'inverse, l'aisance respiratoire est toujours la preuve d'une bonne santé, sinon d'une maîtrise de soi. C'est pourquoi, nous dit Zhuāng Zǐ (Zhuang Zi, xxvi), "à condition qu’il n’y ait pas d’obstacle, l’œil voit, l’oreille entend, le nez sent, la bouche goûte, le cœur perçoit, l’esprit produit les actes convenables. Dans toute voie, l’essentiel est qu’il n’y ait pas d’obstruction. Toute obstruction produit étranglement, arrêt des fonctions, lésion de la vie. Pour leurs actes vitaux, les êtres dépendent du souffle. Si ce souffle n’est pas abondant dans un homme, la faute n’en est pas au ciel, qui jour et nuit l’en pénètre ; elle est en lui, qui obstrue ses voies, par des obstacles physiques ou moraux". Ceux et celles qui ont une fois pratiqué le chant, les instruments à vent ou une quelconque activité d'endurance, autant de pratiques qui nécessitent du "souffle", savent fort bien qu'une respiration efficace passe par le contrôle et le forçage de l'expiration.

Très bien, direz-vous. Mais quelles sont concrètement les pratiques qui permettent d'améliorer la maîtrise du souffle ? Eh bien, nous en avons déjà parlé : ce sont, précisément, le Yoga et le Qì Gōng. Mais il en existe une autre qui vous est sans doute plus familière : c'est la Marche Nordique. Car, si, comme je l'ai déjà souligné par ailleurs, la sagesse chinoise a inventé le 道, le dào, c'est-à-dire "la Voie", c'est bien parce que la vie est un passage, la vie humaine un passage conscient et la longue vie humaine, un passage conscient et lent consistant, si possible, comme le dit l'expression chinoise 慢条斯理, màn tiáo sī lǐ, à "tracer un chemin sans nous y brûler". Du coup, marcher, en particulier avec des bâtons ("marcher nordique"), est un bon exemple de recherche de l'harmonie, du vide, du détachement, bref, de la maîtrise du prâna ou du . Or, le meilleur indice de la maîtrise du souffle, donc de l'esprit, donc de l'énergie n'est-il pas ce que les Chinois appellent 自由自在 (zì yóu zì zài), être facile, insouciant(e), à l'aise, naturel(le), disponible, ouvert(e) ? Ce à quoi conduit, nous le savons tou(te)s, une pratique régulière et régulée de la Marche Nordique. Mais chacun(e) peut aussi tenter l'expérience suivante : lorsque vous êtes parfaitement maître(sse) de votre souffle, que vous vous sentez parfaitement à l'aise, que vous êtes parfaitement concentré(e) ... relevez les bâtons, ou bien rangez-les dans votre sac (s'ils sont escamotables). Et continuez, toutes choses étant égales par ailleurs, sur votre lancée. Si, comme je le pense (pour l'avoir expérimenté), votre état de conscience n'est pas pour si peu modifié, c'est que ... les bâtons (ainsi d'ailleurs que tout autre accessoire) ne sont pas indispensables. Juste accessoires. Vous aurez compris que le plus important en Marche Nordique, c'est bien la maîtrise du souffle, de l'énergie, de l'esprit, et rien d'autre. C'est alors que l'énergie (气, ) circule librement entre la Terre (阴, yīn) et le Ciel (阳, yáng) en nous traversant, nous qui sommes 天地之间 (tiān dì zhī jiān), "intermédiaires entre le ciel et la terre". De là vient que "l'homme qui parcourt le monde en faisant le vide en lui, nul ne peut lui faire de mal" (Zhuāng Zǐ, Zhuang Zi, xx).

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Message par Yann Mar 22 Juin 2021 - 9:36

 Si, comme je le pense (pour l'avoir expérimenté), votre état de conscience n'est pas pour si peu modifié, c'est que .

Est-ce que cela rejoint la notion de "pleine conscience" dont on entend de plus en pus parlé , ou du moins pour moi ?
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Message par PhiPhilo Mar 22 Juin 2021 - 10:25

@Yann a écrit:
 Si, comme je le pense (pour l'avoir expérimenté), votre état de conscience n'est pas pour si peu modifié, c'est que .

Est-ce que cela rejoint la notion de "pleine conscience" dont on entend de plus en pus parlé , ou du moins pour moi ?
Yann

Oui et non. Il n'y a pas de strict équivalent sanskrit ni chinois à la notion occidentale de "conscience". Aussi, l'expression mindfulness est-elle une traduction très approximative du sanskrit prakâsa ou purusha ou encore du chinois 劲整,  jìn zhěng, ce qui, littéralement, signifierait quelque chose comme "énergie bien ordonnée". 

J'en profite pour joindre deux vidéos d'exercices de maîtrise de la respiration, un pour la version qì gōng, l'autre pour la version prânâyâma. Mais il y en a des kyrielles sur le web, l'essentiel étant de trouver celle qui vous convient, notamment dans (ou en relation avec) la pratique de la Marche Nordique.




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